avril 28

plumeIl y a 5 semaines de cela, on m’apprenait que je venais de guérir d’un cancer qui devait , d’après tous les pronostics avisés des têtes pensantes, m’emporter dans la tombe…

J’ai une nouvelle pour vous messieurs les bien-pensants,. Je suis toujours là, près à en découdre avec la prochaine épreuve.

L’un de médecins qui m’a suivi tout au long de ce calvaire m’a apporté énormément de choses. Que ce soit sur un plan physique ou bien « philosophique ».

En clair, j’ai beaucoup appris de la maladie. Cet homme, qui est d’ailleurs devenu mon Ami, a fait le choix de la sincérité dans sa façon de communiquer avec moi.
Certains préfèrent ne rien savoir du mal qui les ronge, moi, au contraire, je veux savoir contre quel ennemi je me bats.
C’est vrai, je l’admets, cela fait peur. Terrorise même…

Mon passé militaire m’a appris que connaitre son ennemi c’était déjà comme gagner une bataille. Certes, pas la guerre, mais une bataille tout de même.
Et dans ce dur et long combat, ça se joue parfois à ça…

Cet homme donc, m’a expliqué un jour, alors que tous les traitements expérimentaux que l’on avait essayé sur moi étaient parvenus à leurs limites d’efficacité, qu’il fallait savoir se faire confiance.
J’ai bien dit « SE » faire confiance, à soi. Je lui ai alors posé cette question.

– » Pensez-vous que je puisse survivre à la maladie avec ma seule conviction? »

-« Avec ta conviction seule, sans doute pas. Avec ta FOI, je ne n’ai là aucun doute. »

Je vous avoue, que cette réponse m’a mis le cerveau en ébullition. Il a passé les heures suivantes à me faire prendre conscience des expériences qui avaient été des succès dans ma vie.
Des expériences dont je n’avais semble-t-il pas enregistré le côté positif. Lentement, les choses ont commencé à se mettre en place dans ma tête.
Je prenais soudain conscience que je savais être fort lorsque la situation le demandait. Les choses se faisaient parce qu’elles devaient se faire…

J’ai alors décidé que je devais vivre, tout simplement!

J’ai alors commencé immédiatement à me comporter comme si j’étais déjà guéri, comme si cette putain de maladie n’était plus qu’un mauvais souvenir.
Je dois vous avouer que certains n’ont pas vraiment compris ma démarche. Pas plus que celle de refuser de faire le cobaye pour des laboratoires médicaux qui m’administraient des traitements au petit bonheur la chance, traitement qui me laissait chaque fois totalement en vrac avec une forte envie d’en finir une fois pour toute.
Je me suis demandé ce qui pourrait me motiver à rester en vie. J’ai pensé à mes enfants ainsi qu’à ma femme que j’aimais. Les choses se sont alors déroulées d’elles-mêmes.
Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas. Gageons que les bas ont été plus nombreux et bien plus violents que les hauts.

Les rendez-vous médicaux se succédaient. Je dois préciser que j’avais finalement décidé de ne plus suivre aucun traitement quelconque, puisqu’aucun des médecins qui me suivaient n’étaient en mesure de me garantir une quelconque amélioration de mon état.
La seule chose qu’ils pouvaient m’assurer, c’était la douleur insidieuse et permanente dont je ferais l’objet. Il n’était pour moi pas question de rajouter une couche à celle que je devais surmonter heure après heure, minute après minute…

Deux mois ce sont écoulés depuis cet instant. Deux mois au cours desquels de nombreuses choses se sont passées.
On a découvert que je possédais une structure sanguine très particulière.

– « Frédérick, nous ignorons encore pourquoi, mais il semble que votre organisme ait une réponse différente des quatorze autres participants à votre protocole expérimental ».
– « Seriez-vous par hasard en train de m’expliquer que depuis le début, vous m’administrez un traitement différents des autres? »
– « Je…, Nous… ».
– « Plus clairement, je vous sers de cobaye dans vos expérimentations… ».
– « Frédérick, ce n’est pas si simple… »
– « Sur ce point, je suis bien d’accord avec vous. Quand comptiez-vous m’en avertir? »
– « … »
– « Je vois… Ce n’était pas dans vos projets… »
– « Frédérick, voyons, ne faites pas l’enfant ! »
– « J’espère que vous plaisantez là? Vous jouez avec ma vie sans même avoir les respect de me demander mon avis. Comment pensiez-vous que je le prendrais? »
– « Frédérick, je comprends votre réaction. Mais vous devez savoir que nous avons pratiquement déjà isolé quelques « éléments » prometteurs de votre organisme.
Vous ne pouvez pas priver l’Humanité de ce que nous sommes en train de découvrir.
– « L’humanité? Vous n’y allez pas un peu fort là? Cela n’empêche que vous avez détruit la confiance que j’avais placé en vous. J’ai tout de même remis ma vie entre vos mains et vous vous êtes servi de moi.
Je ne peux pardonner cela. Vous m’avez manqué de respect. C’est bien la seule chose que je ne pardonne pas…

Bref, j’ai accepté de continuer les analyses mais plus les traitements.
Et puis un jour, le vendredi 15 mars 2013, lors d’une de mes visites de contrôle hebdomadaires, les choses ont commencé à se corser.
Avant de vous raconter cela, je me dois de vous vous faire part de deux ou trois détails qui planteront un peut mieux le décor et vous permettront de mieux appréhender la situation.

Les semaines de Yoyo intensives, de douleurs fulgurantes et de déprimes qui aurait fait se suicider le plus joyeux des clowns, j’avais finalement décidé que quoique m’apprennent les médecins, je mettrais un terme à toute cette souffrance.
Cette souffrance qui n’était plus vraiment que la mienne, puisqu’elle touchait ma famille proche, mes enfants qui ne comprenaient pas tout ce qui se passait, ma femme qui n’avait pas eu la force de faire face avec moi, ce qui m’avait forcé à m’exiler à plusieurs centaines de kilomètres de chez moi afin de ne plus lui imposer la vue de ce que j’étais devenu à force de douleur et de désespoir.
JE me retrouvais donc seul, seul face à la maladie, seul face à la mort.
Même si, au mois d’octobre, on m’avait déjà annoncé que je ne passerais pas les fêtes de Noël; force était de constater que je leur avais donné tort.
Mais, même fort de cette constatation, mes forces m’avaient abandonné.
J’avais donc décidé de mettre un terme à toute cette mascarade de vie.

Je me suis donc rendu à mon « dernier » rendez-vous médical.
Arrivé sur place, je n’ai rien laissé transparaitre de cette décision. J’ai choisi de laisser les choses se dérouler le plus normalement du monde. Enfin, en admettant que le fait de vouloir mettre fin à ses jours puisse être considéré comme un acte normal. Quoique…

– « Frédérick, j’ai un problème ».

– « C’est à dire? »

– « Je ne sais pas quoi te dire.  »

– « C’est fichu, c’est ça? »

– « Je ne sais pas… »

– « Comment ça, tu ne sais pas!? J’espère que tu plaisantes? Nous sommes en train de parler de ma vie là? Tu ne sais pas ou tu ne veux pas me dire ??? »

– « Ecoute-moi… »

– « Non, merde! j’ai plus envie de t’écouter me raconter des histoires pour gagner du temps ! »

– « Fred ! Ecoute-moi ! »

– « …? »

– « Tu ne comprends pas. Mais si tu me laissais deux minutes pour essayer de t’expliquer l’inexplicable, je pourrais peut-être t’apporter un commencement de réponse… »
Je ne peux rien te dire car les résultats qui me sont revenus des analyses effectuées sur tes prélèvements organiques et sanguins semblent erronés. »

– « Comment ça erronés? »

– « Laisse-moi terminer s’il te plait. J’ai demandé de nouvelles analyses. Mes collaborateurs ainsi que moi même avons longuement débattu autour de ton cas.
Nous sommes très partagés quant à l’interprétation que nous devons en faire.
Les nouveaux résultats seront là lundi matin à 9h30 PM. Je te demande de te calmer et de patienter jusque là. Tu veux bien?
J’ai toujours et franc et honnête avec toi.Tu ne peux pas dire le contraire.

Il avait raison. Il était bien le seul à l’avoir été. J’ai donc accepté ce nouveau délai. Me disant que de toute manière, un WE ne changerait rien à mon affaire…
Puis lundi est venu…

– « Bonjour Frédérick. Tes analyses sont arrivées. Assieds-toi. »

– « ça commence mal… »

– « Fred, bon sang. Ne commence pas. Je ne t’ai encore rien dit. »

– « D’accord. Pardon… Alors? Que disent ces fichus résultats? »

– « Plus rien… »

– « Comment ça plus rien? »

– « Je veux dire plus rien. »

– « J’ai compris. C’est définitivement mort pour moi… Tant pis. Cela n’a de toute façon plus aucune importance. »

– « Comment ça Fred??? Qu’est-ce que tu veux dire? »

Conscient que j’en avais trop dit, je choisis de détourner l’attention.

– « Écoute, si je comprends bien, c’est fichu. Je vais donc rentrer chez moi et me faire une raison, ensuite… »

– « Ensuite tu vas reposer tes fesses sur ce siège et tu vas te taire et enfin m’écouter ! »

Là, j’ai bien compris que je n’avais pas vraiment d’autre option. Je me suis donc exécuté.

– « Tu n’as plus rien… »

– « Oui je sais, tu l’as déjà dit… »

– « Bon sang Fred…  Tu n’as plus rien veux dire que tes analyses ne montrent plus aucune traces de la maladie… »

– « … »

– Exactement. Je ne sais pas comment tu as fait, ni ce que tu as fait, mais les faits sont là. Tu es guéri. »

Pas de réaction de ma part. Seul un grand vide dans ma tête. Puis le même tout au fond de moi…

– « Fred? Fred?? Tu m’entends? Tu es toujours avec moi? »

Toujours aucune réaction.

– « Fred, tu comprends ce que je te dis? Tu es guéri ! n’es-tu pas heureux? »

– « Je ne sais pas. Je ne comprends pas. Tu me disais vendredi que j’avais presque rechuté? »

– « Je ne t’ai jamais annoncé de rechute. Je ne comprenais simplement pas ta grande fatigue, que nous expliquons aujourd’hui par une anémie importante de ta part.
Nous nous doutions d’une issue proche de celle que je viens de t’annoncer. Mais les statistiques nous disaient le contraire. Ton cas est en passe de devenir un vrai cas d’école, crois-moi.
Je pense qu’il va alimenter les discussions des médecins et des chercheurs de cet hôpital pendant de nombreuses années.
Le fait est que nous ne comprenions pas et ne pouvions alors en aucun cas te faire cette révélation qui nous paraissaient à nous, professionnels, complétement irrationnelle. »

– « Je comprends effectivement mieux ta réaction. J’en conviens. »

– « frédérick, je dois t’expliquer quelque chose d’important. Je vais te demander de m’accorder toute ton attention à présent.
Il y a certaines choses que tu dois savoir à partir de cet instant.

– « Comme quoi? »

– « J’y viens. Assieds-toi. Voilà. Dans des cas de guérison de cancer comme le tien, il existe une réaction du corps ou de l’esprit qui refuse cette guérison inexpliquée.

– « Tu veux dire que certaines personnes ne veulent pas guérir? »

– « Regarde ta réaction, ou plutôt ton manque de réaction ».

– « C’est vrai, j’en conviens… »

– « Donc, statistiquement, nous savons que 95% des patients dans ton cas ont une réaction physique violente ».

– « Euuuuh, violente comment? »

– « Essaye d’imaginer ce que tu as vécu de pire ».

– « ça , ça va pas être difficile… »

– « A présent, dis-toi que ce sera un partie de plaisir à côté de ce qui t’attend… »

– « …!? Je ne comprends pas là? »

– « Pour faire simple, il arrive que l’esprit rejet ce que le corps affiche. Il est nécessaire de « resynchroniser les deux. Dans un autre cas, 5%, la réaction est psychologique.
Mais chez ces patient, 3% choisissent de mettre un terme à leurs souffrance.
Tu entres vraisemblablement dans ces 5%. Cette phase dure en moyenne huit semaines.
Huit semaines d’un enfer permanent… Je suis désolé. Le plus dur n’est pas encore derrière toi…

– « Comment te dire… Tu as raison, je fais partie de ces 5%. Je suis arrivé ici ce matin avec dans la tête, la ferme intention d’en finir une fois de retour à la maison.
J’ai accepté de te revoir par respect pour tout ce que tu as fait pour moi. Au vu de cet éclairage différent qui apporte de nombreuses réponses à mes questions restées bien trop longtemps sans réponse, je crois que je vais reconsidérer la question… »

– « Fred, non ! Tu es bien plus fort que ça! Tu es guéri bon sang ! Et puis j’ai besoin de toi ! »

– « Nous y voilà… »

– « J’admets que ton cas m’intéresse. Je ne te l’ai jamais caché. J’ai fais le maximum et même plus pour toi.
Mais je t’en conjure. Laisse-moi faire des analyses plus poussées sur toi.  »

– « Je ne veux plus aucun traitement ! »

– « Qui te parle de traitement !? Je te demande la permission de faire de nouveau prélèvement sur toi afin de peut-être sauver d’autres personnes.
Tu ne crois pas que si tu peux contribuer à n’en sauver qu’une seule, ce serait déjà fantastique? »

Je dois reconnaître que là, il avait fait mouche. J’ai donc accepté de le revoir chaque semaine.

Je suis ensuite rentré chez moi en me demandant curieusement, comment j’allais annoncer cette nouvelle à ma femme. Ma femme qui m’avais laissé me débattre seul avec mon désespoir.
Stop! je vous interdit de la juger. Qui d’entre vous sait à cet instant, quel serait son comportement face à la maladie qui toucherait son conjoint? Qui peut dire ça franchement sans prendre le risque de mentir?
Il est clair que nous ne sommes pas tous « équipés » de la même façon face à ces cas extrême. Alors de grâce, ne jugez pas ceux qui vous entourent…
Vous pourriez bien finalement être l’un d’eux…

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Je vous raconte la suite de mon histoire dans un prochain post (comment s’est passé la semaine étrange qui a suivi…).

J’aimerais beaucoup connaître votre opinion sur ce que vous venez de lire.

Merci et A bientôt pour la suite….

Fred