avril 30

coeurOKBonjour, voici la suite de l’article débuté hier. En espérant que la première partie vous aura plu.
Nous sommes toujours le lundi 18 mars 2013. Je suis sur le point de quitter les bâtiments de l’Hôpital dans lesquels des moments important viennent de se dérouler.
Je suis là, hagard, en train d’écouter les dernières recommandation de mon ami Médecin. Ne comprenant pas encore ce qui vient de se passer…

Après avoir reçu les dernières recommandation de sa part – par exemple de revoir mes projets de fin de vie… – je regagne lentement mon véhicule, tel un zombie.
Comment expliquer ce que je ressens à cet instant précis, ou plutôt, ce que je ne ressens pas, cette absence de sentiments….
Il y a tout juste 3 ans, dans ces mêmes locaux, ma cousine, du même âge que moi, que je considérais un peu comme ma sœur, est morte de la même chose que moi.

Alors pourquoi? Pourquoi moi ai-je survécu? moi qui ne le méritais sans doute pas autant qu’elle, ou que bien d’autres encore…?
C’est la première des questions qui à assailli ma tête.
Je me suis assis dans mon véhicule et j’ai pris machinalement le chemin du retour.

Le trajet a vu se multiplier les angoisses, les question sans fondements, les réflexions sans aucun sens …et les décisions irraisonnées…

Mais celles qui revenait en boucle me hanter était… Comment l’apprendre à ma femme, comment expliquer l’inexplicable à une femme qui avat baiser les bras sur moi…
Bon sang, dites-moi que tout cela n’est qu’un mauvais cauchemar et que je vais me réveiller. Qu’elle sera là à mes côtés et me prendra dans ses bras comme avant, comme avant tout ça…

Oui mais voilà, la réalité est tout autre. Inutile d’essayer de fermer les yeux en espérant qu’une fois ceux-ci ré-ouverts, tout reprendra sa place.
En même temps, je vous déconseille cette technique lorsque vous êtes au volant de votre voiture.
A en juger par la tête du conducteur du bus que j’ai évité in-extremis, je ne sais comment, quand j’ai ouvert les yeux, ça m’a semblé bien réel…

Je me vois encore, en train d’essayer de faire entrer cette f@*@$ clef dans la serrure de la porte d’entrée de mon domicile. Je me souviens très bien de ce bref moment de désespoir qui m’a envahi l’espace de quelques secondes.
Enfin quoi? Fred, tu es guéri!
Alors pourquoi ce grand vide tout au fond de moi?

La porte a fini par s’ouvrir, offrant à mes yeux embués de quelques larmes, le spectacle de ce qu’était ma vie avant que je sache…

Et maintenant…! Qu’est-ce qui à vraiment changé? J’ai beau chercher, fouiller au plus profond de moi même. Rien n’est différent dans le fond.
Mais la faute à qui…
La question qui me ronge l’esprit est tout autre à cet instant.
Dois-je l’apprendre à ma femme? Si je décide de le faire, comment lui dire? Comment va-t-elle le prendre?
Putain de question connes qu’une mec normal ne se poserait même pas! Un homme normal saurait pertinemment que sa femme serait folle de joie et lui sauterait au coup…
Seulement voilà, je ne suis pas un mec normal et je vais l’apprendre à mes dépends, ma femme n’est pas ce qu’on pourrait appeler une femme « normale »…

Une heure plus tard, elle rentre de son boulot. Indifférente à moi comme tout les jours. Enfermée dans un mutisme et une sorte de mepris à mon attentionqui lui servent sans doute à se protéger.
Se protéger de quoi me direz-vous? De moi, je l’imagine…

Comment alors annoncer la nouvelle qui me brule les lèvres?

Je me prends à avoir peur de sa réaction…
Bon sang, j’ai l’impression que tout fonctionne à l’envers !
Elle est là, en haut de l’escalier. Je monte à sa rencontre. Je stoppe ma progression à sa hauteur, une marche plus bas.
D’abord, le silence et un regard fuyant de sa part qui craint trop que je lui parle de ma maladie, qui se voit déjà paniquée à l’idée de devoir enfin assumer une part des responsabilités de tout cela.
Timidement, maladroitement, je lui dis que mes examens ne montre plus rien. Pas de réponse de sa part. J’insiste, me disant qu’elle n’as pas entendu ce que je viens de lui annoncer.
A cet instant, je m’attends à un peu de joie de sa part. Je la délivre enfin de ce fardeau qui l’éloignait de moi par ce silence fuyant.
Toujours pas de réaction. Enfin si… Elle réagit. Elle se dégage de moi et se retourne vers le couloir pour retourner vaquer à ses occupations.
Je reste là, frustrée de ma joie, dans l’incompréhension totale…
Que vient-il de se passer là? Je décide de ne pas insister. Complètement déstabilisé.

Une heure s’écoule avant que je tente à nouveau ma chance avec elle.

– « Chérie?, est-ce que cela te pose un problème que je sois guéri? »

– « Mais nooon…! » (ton fortement agacé…).

– « Alors quoi!? Je ne comprends pas? Explique-moi ce manque de réaction. Je t’annonce que je suis guéri d’un cancer qui aurait du me tuer ! ça ne représente donc rien pour toi ? »

– « Mais si…! Mais tu peux m’assurer que tu n’es pas en train de me mentir pour me préserver? Et si demain on te disait que ce n’est pas grave? »

– « Ouchhh. Prends ça dans la tête…! Tu veux dire que tu penses que je pourrais mentir sur un sujet si grave? Ben non… »

Puis elle s’en est retourné à ses occupations, me laissant là, comme une merde avec mon incompréhension et mon désespoir d’être finalement guéri…

Je me suis efforcé de rassembler le peu d’idées qui me restaient. J’ai soudain décidé de constituer une liste de taches à accomplir dès le lendemain, histoire de n’avoir pas une minute à moi pour réfléchir.
Tout était caler au millimètres. Puis j’ai attendu que les heures s’égrènent… Croyez-moi, elles furent particulièrement longues jusqu’au soir.
Les paroles de ma femme tournaient en boucle dans ma tête. Elle avait réussi à me mettre le doute…
Le soir est enfin arrivé, avec son cortège de questions déprimantes, destructrices… Et si elle avait raison… Si je devais me réveiller demain pour m’apercevoir que tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve…?

Ce n’est que vers 3h30 du matin que j’ai enfin réussi à trouver le sommeil. La nuit fut courte. Deux heures plus tard j’étais allongé sur mon lit, les yeux grands ouverts, me demandant si je n’avait pas rêvé tout cela.
Le jour n’était pas encore levé. Aussi, j’ai du patienter jusqu’à 8h30 pour que le téléphone m’apporte la confirmation de la nouvelle. Toujours aussi étrange que cela puisse paraître, je n’ai toujours pas eu de mouvement de joie.
J’ai simplement déroulé ma liste de taches à accomplir pour cette journée. Cette dernière s’est achevé sans angoisse ni joie… Un peu comme si je l’avais vécu en spectateur.
Et puis à nouveau l’heure du coucher… Ce soir là, épuisé par les actions de la journée, je me suis endormie avec plus de facilité.

Le matin suivant, il s’est passé quelque chose…

5h30 du matin. Me voilà assis sur le rebord du lit. Les yeux grands ouverts. Plus aucune fatigue de m’assaille. Comme si j’avais suffisamment dormi jusque là, pendant toutes ces années…
Un déclic, soudain, à tout changé. Comme une révélation…!
Tout ce qui avait été AVANT n’existait plus. Les douleurs, les peines, les angoisses et les doutes. Balayés ! Disparus !
Les rancœurs, les jalousies, oubliées !
Je réalise que j’ai enfin un avenir.

Là, tout se bouscule dans ma tête! Mes enfants, ma femme, ma mère, mon frère…
Je me dois de vivre pour eux. Il m’a été donné une chance incroyable de survivre à la mort.
Je dois en trouver les raisons, même si je dois le faire seul…

JE SUIS VIVANT !!!

Tout s’offre à présent à moi.
Tout ce que j’ai repoussé.
Tout ce je n’ai pas fait car ma femme ne le souhaitait pas (oui je sais…).
Tout ce que je me suis empêché de faire pour des raisons plus ou moins valables, allez, disons-le, stupides.
Tout m’est enfin possible…!

Première action effectuée… Un saut en parachute avec un ancien ami militaire, chuteur opérationnel.
Trop fort la sensation! Comment j’ai pu me priver de ça aussi longtemps…?

Je ne vous parlerai pas de tout le reste…

EN fait si, mais plus tard… dans un prochain post…

Bonne lecture.

A bientôt.