décembre 26

Bonjour, Hier c’était Noël. Aaaah, NOËL, ce jour si merveilleux où tout le monde s’aime et se fait plein de cadeaux…

C’est également le jour où l’on fait le point sur sa Vie, avec un grand « V ». Cette vie qui nous entoure, dans laquelle  on se noie parfois…
C’est le jour où l’on se veut aimé, choyé. Le jour où l’on accomplit de « bonnes actions ». Quant aux raisons qui nous poussent à les accomplir, nous restons souvent évasifs à leur propos. Amour de son prochain? Sincérité ? Dé-culpabilisation? Huuum, je sens que nous nous aventurons là sur un terrain plus que glissant…

Pourtant, c’est bien ainsi que les choses se passent souvent. Soyons concrets. Ne pouvant parler que de ce que je connais, je vous propose donc une expérience personnelle qui m’est arrivée pas plus tard que le 24 décembre.

Alors que je parcourais à pieds le court trajet qui sépare la station de métro de mon bureau, je m’efforçais « machinalement » d’ignorer la présence de ce jeune SDF Afghan que je croisais chaque matin, indifférent (c’est du moins ce dont je voulais me persuader) à la détresse de ce pauvre garçon. La culpabilité d’avoir un toit sur la tête et de quoi manger, me poussait quelquefois  à glisser une petite pièce dans sa main, gelée par la neige tombante, tout en prenant extrêmement soin d’éviter son regard désespéré. Ce qui aurait eu pour conséquence de me jeter cette même culpabilité en pleine figure.

Et puis, il y a eu ce 24 décembre, ce jour où tout est permis, où tout est possible sans avoir à le justifier, le jour de toutes les folies, le jour où on laisse s’échapper quelques instants du fond de nous mêmes ces évidences qui s’imposent à nous, AIMER son Prochain…

Je passais pour la énième fois devant lui lorsqu’il s’est passé quelque chose dans ma tête. Je ne saurais dire quoi. Le fait est que je me suis approché de lui. Jusque là, rien d’inhabituel. Puis, j’ai sorti un billet de ma poche avec la ferme intention de le donner à ce jeune homme. Quelle n’a pas été ma surprise lorsque celui-ci l’a refusé. Je ne comprenais plus. J’en étais presque vexé. Vous imaginez, le cocasse de la situation? D’un côté, moi, sans besoin particulier, envieux de faire une bonne action, les raisons qui m’y ont poussé pas vraiment avouables… et de l’autre, lui, dans le besoin extrême de tout. C’est alors que j’ai compris, lorsqu’il a pointé son doigt vers ses pieds nus, gelés par le froid et la neige qui tombait. L’évidence s’est alors révélée à moi, en même temps que ce sentiment tenace de gène et d’impuissance. Il se tenait là, recroquevillé en boule devant moi, sous un drap trempé sans chaussure ni même de chaussettes. Et moi je me cherchais des prétextes pour entretenir ma colère envers lui, mon orgueil devrais-je dire. J’avoue qu’à cet instant précis, un malaise que jamais je n’avais connu avant m’a envahi au plus profond de moi-même. Je ne savais plus où j’étais. Une multitude d’images s’est bousculée dans ma tête. Tous ces souvenirs de moments heureux, les visages de ceux que j’aimais (j’ignorais que j’en avais vécu autant, oublié beaucoup également). Il a eu ce vide soudain, ce sentiment de n’être pas grand chose dans un tout beaucoup plus grand. C’est à cet instant que mon corps a réagi . Je dis mon corps car mon cerveau ne pouvait plus gérer la masse d’informations contradictoires qu’il recevait. C’était un peu comme s’il avait disjoncté…
Je me souviens m’être entendu lui demander sa pointure puis de m’attendre un instant. Le reste s’est enchainé très rapidement. Je me trouvais près d’un centre commercial immense. Je me suis donc retrouvé dans les allées de celui-ci à entasser sur mes bras, un sweat shirt en fourrure polaire, des chaussettes, des gants et un bonnet de laine. J’ai également ajouté à tout cela une paire de bottes fourrées  pour protéger ses pieds meurtris. Je ne sais même pas ce que m’ont coûté ces vêtements, mais entre nous, cela aurait-il changé quelque chose dans mon action? Je ne le pense toujours pas aujourd’hui.

Avant de rejoindre le jeune homme, je me suis arrêté dans une boutique de restauration rapide afin de lui prendre de quoi manger. Et me voilà Parti avec mes paquets. Je marchais comme un automate, essayant de comprendre ce qui se passait, essayant surtout de permettre à une logique « facile » de reprendre le dessus et de me persuader que  ce que je faisais là n’avait aucun sens. Pourtant, j’étais de plus en plus convaincu du contraire. Curieusement, je commençais même à trouver l’idée d’apporter un peu de réconfort à un inconnu, agréable…

Je suis donc arrivé devant lui, les bras chargés par mes achats imprévus. Je me souviens de son regard abasourdi lorsque j’ai sorti la paire de chaussettes. Je n’oublierai jamais son expression lorsque j’ai saisi ses pieds enflés, bleus de froid pour lui enfiler ses nouvelles bottes. Je lui ai difficilement enfilé les gants. Ses mains étaient  glacées et son corps transi de froid.

C’est à cet instant précis que j’ai compris la chance que j’avais d’avoir un chez moi et des personnes qui m’y attendaient.  J’ai également pensé à toutes ces choses que je possédais et que je ne voyais même plus.

Le choc pour moi est pourtant venu d’autre chose. Je me suis alors aperçu que les gens, me voyant porter mon attention sur cet « invisible » avaient alors décidé de faire un « geste ». J’ai même entendu certains d’entre eux s’excuser de ne donner qu’une simple pièce. J’ai réalisé que s’ils avaient fait ce geste, c’est parce qu’il m’avaient « vu » faire de même. J’ai  « initié » leur geste, j’ai enclenché cette machine.

La société dans laquelle nous vivons nous transforme lentement en êtres insensibles, individualistes et égoïstes. Une morale « Marketing » nous pousse à haïr notre voisin car apparaissant comme un concurrent potentiel. Concurrent potentiel à QUOI ? Car c’est bien là la vrai question. Nous devons avoir la plus belle maison, la plus grosse voiture, la plus belle (apparence de) réussite…etc.
En vérité, la plus belle solitude dans cette prison dorée que nous nous sommes construite en suivant les conseils de soi-disants donneurs de conseils.
Tout ce qui intéresse ces gens, c’est de vous vendre un maximum de choses dont vous n’avez en général même pas besoin, mais surtout, de vous persuader du contraire. Et tout cela pour QUOI?  Désolé de briser votre vision idyllique des choses, mais c’est tout simplement pour augmenter leurs bénéfices annuels et faire ainsi grimper en flèche leurs courbes de ventes.

Enfin, soyez réalistes! Avez-vous vraiment besoin de tout cet arsenal de poudre au yeux pour dire à ceux qui vous entourent que vous appréciez leur compagnie, pour crier à votre enfants et vos conjoints que vous les aimez ?
Vous savez que j’ai raison, mais êtes-vous prêts à vous contenter de l’essentiel et à abandonner le superflus?
Personne n’a dit que vous deviez tout laisser et aller vivre sur une iles déserte, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ni même pensé d’ailleurs.
Je veux seulement vous faire prendre conscience qu’il ne vous coûte rien de sourire à la jeune fille qui se trouve derrière la caisse enregistreuse du grand magasin où vous allez faire vos courses, ou bien de tenir la porte à cette brave vieille dame qui à du mal à marcher. Peut-être même de laisser votre siège à cette jeune mère, enceinte de son enfant, et qui attend debout, fatiguée, dans le métro que vous partagez. NON, cela ne vous rapportera pas d’agent et NON cela ne vous rendra pas célèbre (quoi que…) mais OUI, cela vous fera un bien fou tout au fond de vous (je vous assure, essayez pour voir !) et OUI, cela changera le monde, tout au moins pour ces personnes pour qui vous aurez éclairé la journée.

Je sais ce que vous allez me dire. A quoi peut bien servir mon action insignifiante dans l’océan des misères de ce monde?
Réfléchissez. Si tout le monde pensait ainsi (et c’est malheureusement le cas de la majorité de notre population…)  tout ne serait que grisaille, solitude envie et déprime.  Mais si , à l’inverse, nous commencions à penser autrement, positivement, les choses pourraient alors changer.

Laissez-moi vous raconter une histoire qui illustre bien ce que je viens de vous exposer.

Sur une plage de sable, s’étendant à perte de vue, gisaient là, impuissantes, des milliers d’étoiles de mer, échouées par la marée sans aucun espoir de regagner la mer. Pourtant vouées à une mort certaine,  un vieil homme, s’employait à les rejeter à l’eau.
Un peu plus loin , un jeune homme, observait la scène avec dépit. S’approchant du vieil homme, il lui demanda:

– Dis-moi vieil homme, pourquoi fais-tu cela?

– Je ne comprends pas? répondit ce dernier,

– Pourquoi perds-tu ton temps à rejeter ces étoiles de mer à l’eau? Il y en a bien trop et Cela ne changera rien à la situation?

Alors, le vieil homme regarda l’étoile qu’il tenait dans sa main, puis leva son regard vers le jeune homme avant de lui répondre.

– Pour celle-là, cela changera quelque chose…

Avez-vous saisi le véritable sens de cette histoire?

Comme le dit si bien l’adage, Rome ne s’est pas faite en un jour. En clair, il faut toujours commencer à poser une première pierre, quelle que soit la tâche à accomplir, la difficulté de celle-ci ou le temps que prendra sa réalisation.

Un proverbe indien dit à peu près ceci : Tout grand voyage commence par un premier pas…

Et vous, quel premier pas pourriez-vous faire pour  apporter votre contribution à un monde meilleur…

Joyeux NOËL !

Fred