juin 9
coeur11 MAI 2013

C’est un début d’après midi de grisaille qui s’annonce. A la couleur de mon moral d’ailleurs.
Toujours en cohabitation avec mon épouse. Histoire de ne pas perturber d’avantage des enfants jusqu’à la fin de l’année scolaire.
Mon esprit est ailleurs. Mes pensées vagabondent au gré des changements de temps. Je suis fatigué… En fait, je suis épuisé.
J’ai du mal à me remettre de la maladie. Les médecins m’avaient prévenu. Je dois rester au calme, sans effort et surtout… Sans stress.
Je crois que pour ce dernier point… C’est raté. Je prends donc sur moi.
L’angoisse me dévore les entrailles. Que vais-je devenir? A quoi va ressembler ma vie désormais?
Comment protéger mes enfants que ce qui est en train de se passer?
Comment ME protéger de ce qui est en train de se passer?
Je sens que je commence à perdre pieds. ça ne me ressemble pas. je suis en train de perdre mes repères…
J’ai mal au coeur. Je m’allonge sur le lit en espérant que ça va passer.
Mon épouse vient me trouver dans la chambre. Elle me demande si tout va bien. Forcement non, ça ne pas bien. ça ne même pas bien du tout.
Ma poitrine me fait mal. Je peine à respirer correctement. C’est ce moment que choisit ma femme pour m’annoncer qu’elle part faire les courses.
c’est vrai que c’est le moment idéal pour ça. Je ne suis pas vraiment étonné. Elle n’a jamais été là dans mon combat contre la maladie.
Pourquoi le serait-elle d’avantage aujourd’hui? Je vais devoir faire avec.
Le téléphone sonne. C’est mon ami Stéphane. Lui, sent immédiatement que quelque chose cloche dans le son de ma voix.
J’ai de plus en plus de mal à respirer. Je le rassure en lui expliquant que je suis probablement en train de faire une crise d’angoisse.
Il y a vraiment de quoi en ce moment. Nous avons tous nos limites et les miennes sont largement dépassées.
Il insiste.
– Fred…, t’as vraiment pas l’air bien… Tu veux que je vienne ?
– T’inquiète, j’ai vu pire…
– Franchement, je sens pas bien le truc… J’arrive…
– M’ouais… Tu as sans doute raison. En plus, ma femme s’en va faire les courses. Je ne veux pas me retrouver seul dans cet état. Je commence à avoir très mal.
– Accroche toi…, j’arrive.
Mon épouse qui a entendu la conversation décide finalement de rester jusqu’à l’arrivée de mon ami.
Histoire de faire bonne figure, de conserver la face devant lui. Pathétique…
Un carillon retentit. C’est lui qui sonne à la porte. En bonne épouse qu’elle est (enfin… qu’elle voudrait paraître…), elle accueille mon ami.
Entre temps, je suis passé de la chambre à l’étage, au canapé du salon, dans lequel je me suis affalé, recroquevillé sur moi même de douleur.
Me redresser pour l’embrasser me demande un effort surhumain. Je sens qu’il se passe quelque chose d’inhabituel.
– Stéphane, appelle les pompiers. Je ne vais pas tenir le coup.
Soudain, c’est la douleur de trop. Puis… le noir… Mon cœur m’a lâché.
Une grande chance pour moi, mon ami est secouriste. Il me place immédiatement en position de survie. Ma femme, elle, reste figée.
Comme d’habitude, elle est dans le déni. Elle ne réagit pas.
Les pompiers sont très vite sur les lieux. Ils me relient à l’électrocardiogramme qui leur donne mes constantes de santé.
Je reprends lentement connaissance. Je ne peux pas bouger, ni même prononcer la moindre parole.
Par contre, je perçois très distinctement ce qui se passe autour de moi.
En particulier ce moment où mon épouse essaye d’empêcher ma fille de dix de me prendre la main.
J’en ai besoin… elle est mon fil d’Ariane vers la lumière.
Laissez-là ! les pompiers interviennent et repoussent mon épouse qui libère ma fille.
A cet instant, mes yeux se sont entr’ouverts quelques secondes. J’ai parfaitement détecté ce rictus inconscient sur les lèvres de ma femme.
Vous savez, ce petit sourire qui veut dire : dans 5 minutes, mon problème est réglé… Je le vis comme un véritable électrochoc !
Je ne peux la laisser s’en tirer aussi facilement. Et puis, mes enfants ont besoin de moi. Je tourne le regard vers ma fille, en pleurs.
La voir dans cet état me déchire les entrailles. Je dois m’accrocher.
Je cherche à replonger mes yeux dans ceux de ma femme pour lui signifier que désormais, je ne lui laisserai plus avoir la moindre emprise sur moi, que je ne lui tolèrerai plus rien.
Elle n’est plus là… Elle s’est tout simplement enfuie en me laissant à moitié mort sur le carrelage froid du salon.
Comment peut-on être aussi insensible à la douleur des autres ?
Je ne me l’explique pas. Mais peut importe. Cela n’a plus vraiment d’importance pour moi.
Peut-être est-elle allée se consoler dans les bras de son amant à quelques kilomètres d’ici…
Merci Stéphane d’avoir pris soin de mes enfants quand ma femme vagabondait dans d’autres lieux.
Merci d’être mon Ami quand tous les autres m’ont abandonné. Je te dois la vie. Je ne l’oublierai pas.
Les pompiers m’ont installé dans la coque qui me transportera jusqu’à l’ambulance stationnée dehors.
Je resterai 14 heures aux urgences. 14 longues heures à passer ma vie en revue, sur un brancard, dans le couloir d’un service aux murs gris et froids.
14 heures interminables pour devenir un autre, pour finalement en ressortir grandi, plus fort que je ne l’ai jamais été.
Pas un appel de sa part. Pas un mot de réconfort. Un monstre d’inhumanisme…
Merci à toi de m’avoir permis d’être celui dont je n’avais jamais osé rêver.
La chrysalide à libéré le papillon. Il sera majestueux dans sa nouvelle vie.
C’est décidé, je ne regarderai plus en arrière. A présent, tu fais parti de mon passé.
J’ai brisé les entraves qui me liaient à toi.
Enfin, je suis  LIBRE…!
Les jours ont passé. J’ai eu beaucoup de chance. C’est une phrase qui revient sans cesse comme un leitmotiv dans la bouche des médecins.
Le fait est que je me suis remis et ma vie a repris. Cette nouvelle épreuve a renforcé ma conviction que la vie vaut la peine d’être vécue.
Je me suis encore plus rapproché de mes enfants. Je les aime. Ils sont ma principale raison d’être.
J’ai cependant tiré une leçon de ce qui vient de se passer. Jamais plus je ne me retournerai sur le passé. Je profiterai de chaque instant présent.
Je SAIS désormais que le plus beau reste à venir.
Une chose est sûre à présent, je vais m’accrocher à la vie avec toute l’énergie dont je dispose.
Nous sommes maîtres de nos destinées. A nous de décider ce que nous en ferons…