mai 8

nouvelle-vie-webJ’étais guéri depuis une semaine lorsque le destin m’a une fois de plus rattrapé.
Sous quelle forme me direz-vous? La plus insidieuse qui soit…
Je vivais enfin dans la perspective d’un avenir nouveau et surtout heureux. Je faisais des plans sur le court terme, d’autre sur le plus long terme. Après tout, j’en avais enfin le droit. Enfin, c’est ce que naïvement je m’imaginais…
Sept jours de bonheur intense pendant lesquels je retombais amoureux de ma femme, pendant lesquels je redécouvrais mes enfants, c’est tout ce qui m’a été accordé…
Sept secondes, sept petites secondes seulement. c’est tout ce qu’il a suffit pour faire à nouveau basculer ma vie en enfer… Sept secondes pour découvrir que je n’existais plus pour celle avec qui je pensais passer le reste de mes jours, celle qui, je l’avais découvert ces 7 derniers jours, était mon âme sœur… Ma femme me quittait…

Je savais déjà que ma femme n’avait pas été capable de m’aider dans mon épreuve contre le cancer. Je ne lui en ai pas tenu rigueur. Je n’avais juste pas compris que la maladie avait fait disparaître toutes traces du moindre amour pour moi dans son cœur… La maladie et d’autres éléments pour lesquels je ne me sens pas prêt à aborder le sujet…
Les médecins m’avaient prévenu que rien « d’émotionnel » ne devait m’atteindre, que je devais me protéger de toute nouvelle ou situation « perturbante ». J’ai pris ça en pleine face sans comprendre ce qui m’arrivait. J’ai eu cette désagréable sensation d’être ouvert en deux à coup de hache.
C’est à ce moment que j’ai pris conscience du véritable sens des paroles du médecin.
Mes émotions étaient comme multipliées par mille. C’était comme un feu d’artifice émotionnel que je ne maîtrisais absolument plus, comme une explosion qui me déchirait de l’intérieur…
Tout remontait à la surface. Des douleurs oubliées que je croyais avoir enfouies au plus profond de moi, des souvenirs du passé qui se rappelaient à moi de façon insoutenable. J’étais au bord de l’évanouissement.
Et puis le noir, salvateur et angoissant à la fois. Le froid et la douleur se sont très vite invités à la fête.
La décente aux enfers à commencé…!
Avez-vous déjà essayé de demander à une femme qui ne communique jamais de vous expliquer le pourquoi d’un tel choix? N’essayez même pas, vous perdriez votre temps…
La seule chose que j’ai obtenue après plusieurs jours d’insistance ( ce qui semblait plus l’agacer qu’autre chose) fut pour le moins « perturbante »…
– Enfin chérie, pourquoi? J’aimerais comprendre?
– Je ne sais pas…
-comment me considère-tu aujourd’hui?
– Tu es quelqu’un de gentil, de compréhensif, d’altruisme et de généreux…
– Et c’est pour ça que tu me quittes?
– Non, ce n’est pas ça…
– Je ne comprends pas…
– Je me sens inférieure à toi…
– Comment ça « inférieure » ?
– Sur le plan intellectuel…
– ??? Qu’est-ce qui t’empêches d’apprendre des choses de t’ouvrir à ce qui t’entoure?
– Physiquement aussi…

Je mesure 1m90..

– Mais ça tu le savais déjà lorsque tu m’as épousé… À part me couper les jambes au dessous des genoux, je ne vois pas ce que je pourrais faire pour changer ça…
En clair, tu essayes de m’expliquer que tout est déjà joué, que je ne peux plus rien y faire.

En même temps, avec le recul dont je bénéficie aujourd’hui, je ne vois pas comment j’aurais pu réussir à ramener l’amour dans un cœur qui battait vraisemblablement pour un autre à présent…

– Frédérick, je ne ressens plus rien pour toi, c’est une réalité.

Ça avait au moins le mérite d’être franc. En même temps, prendre des gants, pour ma femme afin de vous expliquer ce qu’elle pensait n’a jamais été sa tasse de thé.
J’ai compris ce jour là, que la compassion n’avait jamais fait partie de ces émotions. En tout cas, visiblement pas avec moi. Avec les années, elle s’était enfermée dans une sorte de rôle qu’elle me réservait exclusivement. Celui d’une personne distante qui, je l’ai appris de sa bouche plus tard, était effrayé par moi pour de fausses raisons qu’elle a fini par avouer devant un spécialiste. Ce qui entre nous, n’a absolument rien changé à sa décision. Je n’avais pas mon mot à dire, c’est ainsi…

Elle a simplement justifié sa décision par cette phrase assassine :

– J’ai envie de vivre, libre…

Parce vous croyez que moi j’avais pas envié de vivre peut-être!?

– Mais enfin, tu détruis une famille qui n’a rien demandé. Je me suis battu contre la maladie parce que je croyais en cette famille. Aujourd’hui je suis guéri, mais je n’ai plus de famille…

Je suis guéri mais mon ménage, lui, n’y a pas survécu…
Connaissez-vous la douleur que l’on ressent dans ce genre de situation, une douleur qui vous fouille les entrailles, lorsque vous êtes dans la position de celui qui subit, impuissant, de celui qui n’a pas choisi…?
Et bien, vous avez envie de mourir… De vous désintégrer sur place, de ne plus exister…
Heureusement, il y a les enfants. Ils vous donnent une raison d’être, d’exister.
Cependant, il faut être vigilant, ne pas leur demander de remplacer celui qui part. Ce n’est pas à eux de vous protéger. C’est vrai qu’il peut s’avérer tentant de se laisser faire. Ce serait faire là une bien grossière erreur qui les conduirait à devoir assumer nos propres responsabilités. Ce qui, au vu de leur jeune âge les détruirait inéluctablement.

À ce stade là de la relation débute un processus long et douloureux qui passera par de nombreuses phases contradictoires mais néanmoins obligatoires: surprises, stupéfaction, déni, colère, doute et pour finir… Acceptation.

Lors de la phase de colère, on se surprend à s’entendre dire des choses dont on se croyait incapable. Ce n’est pourtant là que le reflet d’une souffrance sous-jacente impossible à exprimer autrement à ce moment du processus de séparation.

Il s’est écoulé du temps depuis mon passage par cet « état » de doute. J’ai la chance d’avoir quelques vrais amis qui ont su être présents aux moments (je mets cela au pluriel car dieu sait qu’il y en a eu de nombreux…) où j’avais le plus besoin d’eux, même si je ne les ai pas ménagés par mon comportement parfois irresponsable.
Avec le recul, la colère s’estompe pour laisser place à une certaine lucidité qui vous aide à parvenir à l’Acceptation, enfin, de la vérité.
Vous vous surprenez alors à devenir plus compréhensif quant à la douleur de « l’autre », car ça devient très vite une évidence, l’autre souffre, peut-être même autant que vous, voir plus…
Même si l’amour à disparu, l’attachement reste, ce sentiment que l’on ne peut effacer d’un simple claquement de doigts.
C’est lui qui vous souffle de ravaler votre fierté, celle de ne pas avoir su gérer cette crise, d’avoir eu envie que l’autre souffre pour ce qu’il vous à fait endurer…
À partir de cet instant, la seule chose qui compte, c’est que tout se passe dans le calme.
Le bien-être de vos enfants, ainsi que le votre en dépend.
Les choses peuvent alors se passer très bien… Ou très mal… C’est vous qui choisissez, et croyez-moi, la limite entre le bien et le mal est tout ce qu’il y a de plus ténue…
En ce qui me concerne, j’ai pris suffisamment de recul sur la situation pour être sûr que je ferai tout mon possible afin que tout se passe pour le mieux.
Je suis donc efforcé de ne pas rompre le dialogue avec ma femme.
J’ai entrepris de lui expliquer qu’elle ne devait pas craindre de ma part de réaction démesurée ou impulsive. J’ai fait taire cette fierté qui m’empêchait de lui faire des excuses pour toutes ces choses désagréables que je lui ai dites.
Je me concentre à présent sur les bonnes choses qui doivent perdurer de tout cela.
Pourquoi laisser des instants de colère et d’incompréhension détruire en quelques temps ce que nous avons mis une vie à construire? Tout n’a pas été mauvais dans notre relation.
Je veux préserver l’essentiel et ne plus dépenser d’énergie inutile en rancœur injustifiée.

C’est vrai, nos routes se séparent. Il n’en reste pas moins vrai qu’elle gardera toute ma tendresse et mon affection d’ami pour ce qu’elle m’a apporté.
J’ai aimé tout ce qu’elle m’a donné, ce que nous avons partagé.
Il reste de notre histoire d’amour deux enfants magnifiques qui sont à mes yeux ce que j’ai de plus cher aujourd’hui. Ils sont ma raison d’être.
Je souhaite qu’elle soit heureuse. Même si c’est ailleurs et avec un autre…
J’espère qu’elle sait que je ne serai jamais loin si elle a besoin de moi…

« Si un jour tu lis ces lignes, saches que tu es une belle personne.
Que ta route soit bonne et parsemée de choses extraordinaires.
Et surtout, surtout… N’oublie pas d’être heureuse.
Bonne chance dans ta nouvelle vie« .