novembre 6

Il est vital d’accepter la souffrance, la refuser est destructeur.

La plupart de nos souffrances, parfois même la maladie, provient de nos expériences passées

J’ai choisi pour vous en parler, de m’appuyer sur le témoignage d’un Ami proche, ancien militaire ayant appartenu aux forces spéciales. Il a accepté que je vous raconte son calvaire, qui heureusement aujourd’hui n’est plus qu’histoire ancienne.

Certains pourraient être tentés de dire que la spécificité de son ancienne activité ne permet pas de généraliser cette expérience. Je pense le contraire.

Je reste persuadé que c’est  l’interprétation que nous faisons des évènements que nous vivons qui conditionne nos réactions futures. Peu importe l’évènement.

Ce récit est un peu plus long que d’habitude. Voici donc l’histoire de cet Ami (que nous appellerons Pierre).

Pierre a 22 ans lorsqu’il décide de vouer sa vie entière au service et à la défense de son pays. Fort de cette conviction, il s’engage dans l’Armée, au sein de laquelle, son engagement très fort le fait vite progresser dans la hiérarchie militaire.
Très vite, il intègre les « forces spéciales ». En réalité, l’aboutissement de tous ses rêves de gosse.

Pourtant, ce à quoi il va se trouver confronté de manière quasi quotidienne, rien ne l’y avait préparé. Ni la préparation militaire qu’il a suivi, ni celle psychologique qui, le pensait-il, était censée l’avoir fortement endurci.
Pendant de (trop ?) nombreuses années, il endure les situations les plus violentes et les plus déstabilisantes.

Un jour de 1994, l’unité de Pierre est appelée en renfort dans un pays de l’Est. Ce à quoi il va devoir faire face changera à jamais sa perception du monde, sa vie…

A peine rendu sur place, on lui explique avec une attitude étrange que rien de ce qu’il a vu ou vécu à ce jour ne saura le préparer à ce à quoi sa nouvelle mission va l’exposer.

Malgré ce discours peu rassurant (mais cela il en a quelque peu l’habitude), il se dit que « ce » qu’il va devoir gérer, sera plus « difficile » qu’à l’ordinaire. Aussi peu réjouissante qu’ait pu être cette pensée, jamais au grand jamais, même dans ses pires cauchemars, Pierre n’aurait pu imaginer la scène à laquelle il allait devoir prendre part.

Ce jour-là, en ce lieu et à cet instant précis, il a découvert les charniers de Srebrenica. Le plus terrible fut l’odeur, qu’il perçut bien avant d’apercevoir toute l’horreur dont était capable les hommes, concentrée devant lui sous la forme d’immense monticules de  centaines de cadavres chacun, empilés les uns sur les autres sur plusieurs mètres de hauteur.
la nausée les a immédiatement saisis, lui ainsi que tous les membres de son unité. Et puis toujours cette odeur de mort, qu’ils n’oublieraient plus jamais, qui resterait dans leurs narines pour le restant de leur jours…

De quoi détruire même le plus fort des hommes en une fraction de seconde.
Et puis, il y a cette question insidieuse qui vous mine : ai-je le droit d’être faible en montrant que je suis affecté?
Comment faire montre de « faiblesse » lorsqu’on est un soldat?
Comment passer du statut de « héros » à celui de « mauviette »?

Il faut pourtant être fort, surmonter et passer à la suite. Apprendre à vivre avec…

Dès lors, comment ne plus penser à ce jeune homme qui frappait de toutes ses forces sur notre VAB( Véhicule d’Assaut Blindé), suppliant qu’on le laisse entrer afin d’échapper à ses poursuivants armés de machettes.
Comment chasser de notre esprit la vision d’horreur qui a suivi lorsque des ordres incompréhensibles et inhumains nous ont contraints à le laisser dehors.
Oui, je sais…

Les années passent, les situations se ressemblent. On finit par se blinder à la douleur. Tout au moins, s’en persuade-t-on.
L’avenir nous donnera tort…

Sept années plus tard, Pierre à depuis longtemps atteint son seuil d’acceptation. Il a quitté l’Institution Militaire qui l’a lâché à la vie civile.
Il essaye chaque jour de se reconstruire, tant bien que mal, luttant contre ses vieux fantômes du passé sans comprendre ce qui le mine au plus profond de lui.
Une perte de tous ses repère qui devenait inévitable, le conduit à un internement provisoire en hôpital psychiatrique. On espère alors sauver le peut de conscience qui lui reste. Mais un instant de lucidité va tout changer.
Alors qu’une nouvelle crise de démence le pousse à dévaster sa chambre, huit médecins pénètrent dans la chambre avec précautions. Pierre racontera plus tard que c’est à cet instant précis, pensant que ceux-ci allaient le maîtriser par la force, que tout a basculé.
Les hommes en blanc ont été d’une extrême douceur dans leur attitude. Pierre s’est soudain effondré au sol, à genoux, lançant à son improbable auditoire la phrase qui l’a ramené à la réalité : « nous l’avons laissé mourir…« 

Voici donc comment la souffrance découlant d’un évènement survenu plus de sept ans auparavant avait enfermé Pierre dans un comportement auto destructeur inconscient.

Dès lors que la cause en à été identifiée, la reconstruction en a été facilité.

Bien sûr, vous n’avez certainement pas vécu de situations aussi extrêmes.
Dites-vous que tout est relatif et que le processus est le même, quelle que soit le problème. Vous ne devez pas ignorer la souffrance. Que celle-ci soit importante ou bien minime. Elle finirait inévitablement par vous détruire ou tout au moins perturber votre vie de façon dévastatrice pour vous ou bien vos proches.

Accepter, c’est enclencher le mécanisme qui vous conduira à la paix de l’esprit.
Je ne vous parle pas là d’ésotérisme… mais plutôt d’équilibre psychologique indispensable à la construction d’une vie saine ou à quelque chose qui y ressemble.
En refusant de reconnaître vos douleurs, vous les somatisez. La souffrance peut avoir un énorme pouvoir destructeur quand elle est non dite et non acceptée. Elle accomplit dès lors un long et insidieux travail de sape.

Dire OUI, c’est assumer la souffrance de toutes ses forces, en sachant qu’on réussira à la surmonter, à la dépasser

Pierre vit aujourd’hui heureux dans le sud de la France avec la famille qu’il a crée depuis sa « guérison ».

Vous aussi, comme Pierre, vous pouvez décider d’accepter et de surmonter ces « douleurs » qui vous immobilisent et vous rendent spectateurs de votre vie.

Et vous, pensez-vous vraiment être maître de votre vie?

Partagez vos expériences avec nous.

A bientôt.